Favoriser un climat de classe propice aux apprentissages

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Vous avez dit climat de classe? Le climat de classe peut être influencé, notamment, par les réflexes de gestion de classe de la personne enseignante ainsi que par une variété de facteurs internes et externes à la dynamique du groupe. La gestion de classe, de son côté, peut se définir comme « l’ensemble des pratiques éducatives visant à créer et à maintenir un environnement positif qui favorise l’apprentissage et la réussite tout en encourageant le développement de l’autonomie et l’autocontrôle » (Garon et Chouinard, 2001). Le présent article se veut une introduction au concept de climat d’apprentissage et de gestion de classe, en proposant quelques stratégies pour maintenir un climat positif et ce, dans une perspective préventive (Naud et Lacourse, 2016).

L’enseignement, « un métier de relations »

Le climat de classe peut également se définir comme étant la relation qu’ont les étudiant­­·e·s entre elleux et par la relation qu’entretient l’enseignant·e avec celleux-ci (Nault et Lacourse, 2008). Ainsi, tel que l’avance Chassé (2006), l’enseignement est « un métier de relations ». Or, si certain·e·s pensent à tort que les principes de gestion de classe et la qualité de la relation entre les enseignant·e·s et les apprenant·e·s n’est pas nécessaire en enseignement supérieur, il s’avère pourtant fondamental de s’y pencher et de prendre soin de ce climat qui permettra aux les joueur·se·s impliqué·e·s de vivre une expérience d’enseignement-apprentissage significative et positive. Si on ne réfléchit et planifie pas sa gestion de classe, on peut se retrouver dans des situations périlleuses d’intervention de sauvetage ou d’interventions improvisées. On se met alors en position de vulnérabilité. Bien que nous ne puissions tout contrôler ce qui se passe lors d’une séance de cours, il est possible de mettre en place quelques stratégies qui favoriseront un climat positif.

Le climat de classe, un sujet large et multifactoriel

Le climat de classe résulte d’un fragile équilibre impliquant des facteurs contextuels et pédagogiques aussi nombreux que variés. Le tableau ci-dessous fait la lumière sur certains facteurs appartenant au contexte de classe, donc sur lesquels nous n’avons pas toujours une emprise. D’un autre côté, il présente également des facteurs pédagogiques pour lesquels nous pouvons anticiper, planifier, piloter et améliorer nos pratiques.

Facteurs contextuels

Facteurs pédagogiques

  • Horaire des cours;​

  • Profils des personnes étudiantes;​

  • Aménagement physique et technologique des locaux;​

  • Le mode d’enseignement (en présence, à distance, hybride, comodal, etc.);​

  • Évènements personnels perturbateurs;

  • Etc.

  • Alignement pédagogique; cohérence entre les apprentissages visés, les activités d’apprentissage et les modalités d’évaluation;​

  • Approches pédagogiques variées et adaptées;​

  • Choix des situations d’apprentissage/activités;​

  • La clarté des explications, des liens à faire entre les éléments de contenus, des liens avec le programme, des liens avec le plan de cours;​

  • L’efficacité, la pertinence et la bienveillance de la rétroaction;​

  • Des règles de classe claires, bien communiquées et appliquées avec constance et cohérence;

  • La relation/dialogue pédagogique basée sur le respect, la bienveillance, le tact;

  • Etc.

Quelques stratégies à méditer

Les quelques stratégies que nous vous proposons dans cet article susciteront certainement votre réflexion. Bien entendu, il en existe plusieurs autres et il est important de mentionner que chaque contexte de classe est différent et comporte ses éléments de complexité.

🍏 Nous vous rappelons que le SPUFAD peut vous accompagner dans la réflexion et la mise en œuvre des différentes actions qui soutiendront un climat propice aux apprentissages dans votre cours. N’hésitez pas à nous écrire à spufad@uqat.ca.

Connaissez-vous vos étudiant·e·s ?

« La qualité du rapport pédagogique et humain qui s’installe entre les maîtres et les élèves dépend entre autres de leur connaissance mutuelle. » (Martineau et Gauthier, 1999)

Avant même le début de la session, intéressez-vous à votre groupe et aux personnes qui le composent. Vous vous questionnerez peut-être sur :

  • La place de votre cours dans le programme afin de saisir le parcours d’apprentissage de vos étudiant·e·s;

  • Les mesures d’accommodement, s’il y a lieu, mises en place pour soutenir la réussite de vos étudiant·e·s aux besoins sociopédagogiques particuliers;

  • Les sujets ou les notions sensibles qui pourraient engendrer des moments plus tendus;

  • Les attentes de vos étudiant·e·s par rapport au cours;

  • La perception ou la conception initiale des étudiant·e·s par rapport aux savoirs abordés dans le cours;

  • Le contexte d’étude des étudiant·e·s. Sont-ils parents? Déjà sur le marché du travail? Est-ce un retour aux études? Partagent-iels une culture différente? Est-ce qu’iels rencontrent des difficultés particulières que vous devriez savoir? Etc.

Une meilleure connaissance de vos étudiant·e·s contribuera certainement à ce que vous adaptiez vos interventions et votre animation en conséquence, tout en démontrant votre souci de prendre soin du climat qui rend possible l’enseignement-apprentissage.

Un plan de match clair

« Les bonnes consignes permettent aux étudiants de se mettre en action plus rapidement sans perdre de temps à se questionner sur la tâche à accomplir » (Zakhartchouk, 2004)

​La clarté de votre planification et sa cohérence avec le plan de cours sont essentielles au bon climat. Ainsi, il est important de vous assurer que le plan de cours est complet, détaillé et qu’il reflète une réflexion pour un alignement pédagogique optimal. En d’autres mots, vous devez questionner votre planification globale: Permet-elle de rencontrer les compétences ou objectifs spécifiques du cours? Les activités d’apprentissage sont-elles pertinentes au regard de ces objectifs? Sont-elles variées? Sont-elles adaptées au contexte du cours? Avez-vous bien communiqué vos intentions et répondu aux interrogations possibles? En tenant compte de ces questionnements, vous éviterez des situations déstabilisantes pour les étudiant·e·s, éliminant tous les doutes possibles concernant l’improvisation dans votre enseignement. 

⚠️  Attention!

L’idée n’est pas d’ajouter une pression supplémentaire sur vos épaules. Il est tout à fait possible, particulièrement si vous donnez un cours pour une première fois, que certains éléments liés à votre enseignement se précisent en cours de session. Pas de panique. Misez autant que possible sur la transparence, la cohérence, la constance et la clarté . Vous n’êtes pas infaillible et c’est parfaitement normal.

Finalement, n’oubliez pas que c’est vous qui menez le groupe. Ainsi, lorsque vous communiquez vos intentions et vos consignes, votre assurance, votre aplomb et votre bienveillance contribueront à donner l’envie de vous suivre et de légitimer votre approche.

La gestion des ressources matérielles

La gestion des ressources matérielles fait partie de certains facteurs pour lesquels vous pourrez anticiper les nœuds et/ou avoir à y remédier. En effet, avant le début de la session, assurez-vous d’identifier le local dans lequel vous enseignerez et de connaitre les différentes technologies qui s’y trouvent. À l’UQAT, des fiches technopédagogiques ont été crées pour situer chacun des locaux d’enseignement. Elles sont accessibles en ligne et contiennent de précieuses informations telles que des photos de l’endroit, le fonctionnement des équipements et d’autres spécifications importantes. Vous pouvez également demander un accompagnement pour la familiarisation des classes à l’équipe du SPUFAD en écrivant à spufad@uqat.ca.

Vous devrez aussi tenir compte du mode d’enseignement (en présence, à distance, en comodalité, etc.) dans la planification de votre cours et dans le choix des technologies mobilisées. Ici encore, le SPUFAD peut être un allié pour vous accompagner dans votre réflexion. 

Finalement, soyez attentif·ve·s à la configuration de la classe (est-ce qu’elle offre de la mobilité et de la flexibilité? Est-ce que le mobilier est fixe ou amovible? Y a-t-il des tableaux blancs? Etc.). Ces considérations vous amèneront à ajuster vos activités, à prévoir le matériel nécessaire, ou encore, à préconiser un environnement de classe plus adapté à vos approches pédagogiques.

Le maintien de l’attention

« Les gestionnaires habiles marquent clairement le début des transitions. Ils les orchestrent activement et minimisent la perte du momentum durant les changements d’activités (Doyle, 1986; Evertson, 1989). »

Maintenir l’attention des étudiant·e·s peut se faire de nombreuses façons. Évidemment, il y a des motivations intrinsèques (ou un manque de motivation intrinsèque) qui amènent les étudiant·e·s à être captivé·e·s (ou non) par les contenus de votre enseignement. Toutefois, vous avez de l’emprise sur certains éléments et les suivants sauront peut-être vous pister.

  • Adoptez une variété d’approches pédagogiques (pédagogie active) afin de garder les étudiants en action et de favoriser leur engagement;​

  • Fournissez de la rétroaction à votre groupe et ce, tout au long de l’apprentissage;​

  • Impliquez votre groupe, trouvez des stratégies pour faire participer tout le monde : jeux pour briser la glace, tour de parole ludique, donner d’avance des consignes, faire écrire la réponse aux étudiant·e·s avant de la communiquer au groupe, utiliser des technologies de télévoteurs pour favoriser la participation, etc.;​

  • Donnez des intentions d’écoute aux différentes séquences avec une tâche précise et claire à réaliser;​

  • Marquez les temps, les débuts d’explications, les pauses, les transitions entre les contenus, etc. Lors d’activités en sous-groupes, assurez-vous que la reprise de votre animation soit évidente, assumée;

  • Donnez des signaux limpides et cohérents à vos étudiant·e·s (faire des liens avec le plan de cours et avec le déroulement du cours, afficher le déroulement du cours, respecter les temps prévus, etc.);​

  • Prenez conscience de votre corps et de votre voix.​ Marquez vos interventions par vos intonations, votre rythme, le volume de votre voix, les déplacements dans l’espace et les gestes qui soutiennent l’explication;

  • Marchez votre classe. Occupez l’espace du local en sortant de la tribune invisible généralement dédiée à la personne qui enseigne. Le fait de marcher la classe vous permettra de vous approcher de certain·e·s étudiant·e·s, d’affirmer votre présence et de percevoir certains signaux que vous n’auriez pas pu voir autrement.

L’objectivation

On questionne souvent les étudiant·e·s sur les contenus enseignés, sur la finalité des choses, mais faisons-nous suffisamment de place dans notre enseignement à la pratique réflexive et l’objectivation chez les personnes étudiantes? En effet, il peut s’avérer très intéressant de scénariser des moments de classe pour faire prendre conscience à vos étudiant·e·s les apprentissages qu’iels ont réalisés, le chemin parcouru, les éléments qui restent à éclaircir. Autrement dit, lorsque l’on prend le temps de faire de l’objectivation avec le groupe, on l’amène à s’interroger consciemment sur les apprentissages. De cette objectivation ressortira peut-être des clés de compréhension sur la dynamique de votre groupe-classe, des éléments de contenus moins bien compris par certains ainsi que des pistes pour que vous puissiez vous ajuster. Le fait d’impliquer les étudiant·e·s dans le processus d’apprentissage et de montrer votre objectivation contribue également à témoigner toute la considération que vous avez pour leur réussite.

La relation pédagogique constructive

​Il va de soi, nourrir des relations harmonieuses empreintes de respect est la base. Les astuces qui suivent sauront témoigner de votre désir de prendre soin de vos relations pédagogiques. Évidemment, l’intention est toujours de maintenir un climat propice aux apprentissages. Il n’est donc pas question de nourrir de relations d’amitié trop familières avec les étudiants. Vous êtes la personne pédagogue en charge du groupe, vos faits et gestes doivent garder la bonne distance et être guidés par le tact.

  • Souriez, faites preuve d’ouverture dans votre attitude;​

  • Utilisez un langage adapté et conforme aux convenances sociales, empreint de respect;​

  • Présumez que vos étudiant·e·s sont engagé·e·s et honnêtes dans leurs apprentissages. Vous réajusterez, le cas contraire;​

  • Au cours d’une conversation, n’hésitez pas à vous approcher de la personne étudiante ou du groupe d’étudiant·e·s, tout en respectant l’espace vital de chacun ;​

  • Employez un ton de voix et des comportements non-verbaux bienveillants et attentionnés;​

  • Rappelez aux étudiant·e·s qu’en tant qu’enseignant·e, vous êtes là pour les aider, que vous avez leur réussite à cœur; ​

  • Posez des questions ouvertes et positives montrant que vous vous intéressez vraiment à ce qu’iels pensent, font, aiment; ​

  • Écoutez-les avec attention lorsqu’iels s’expriment, sans les interrompre;

  • Valorisez la pertinence et la richesse des interventions des personnes étudiantes, les points de vue différents;​

  • Évitez de critiquer une personne devant un groupe. ​

Ces astuces sont tirées des modules d’autoformation du GRIIP, tableau de Knoster (2014)

L’intervention

Bien que nous souhaitions privilégier une approche préventive, il est possible que vous deviez intervenir de façon curative si une situation problématique survient dans votre classe.

⚠️ Attention!

Si vous pensez vivre une situation d’incivilité, ne restez pas seul·e avec cette situation. À l’UQAT, il existe une Politique de civilité(2020) et nous vous recommandons d’en parler à la direction de votre département et de consulter le SPUFAD pour vous accompagner dans la gestion pédagogique de cet évènement.

Autrement, pour des moments plus tendus en classe, nous vous suggérons ces quelques pistes.

  • Utilisez le non-verbal et autres interventions discrètes pour corriger une situation irritante (pour éviter vous-même de perturber davantage le climat);​

  • Votre intervention ne doit pas exacerber les comportements perturbateurs. Ainsi, si vous vous sentez trop dans l’émotion, mieux vaut prendre une pause et prendre le temps de planifier votre intervention;​

  • Gardez en tête qu’une règle de classe, ce n’est pas itératif. Si vous modifiez toujours vos règles et vos consignes en cours de route,  vous prêtez flanc à ce que l’on vous cuisine et que l’on négocie avec vous;​

  • Établissez vos fausses limites afin de ne jamais vous retrouver acculé·e au pied du mur;​

  • Évitez l’escalade : les joutes idéologiques peuvent être intéressantes, mais à un certain point, elles peuvent détériorer le climat. Pensez au reste du groupe et recadrez positivement en prenant soin de valoriser l’intervention de l’étudiant·e, de souligner sa curiosité, de lui proposer de reprendre la discussion en individuel, par exemple.

Conclusion

En terminant, l’enseignement est une profession profondément humaine et les stratégies pour maintenir un climat propice aux apprentissages sont aussi nombreuses que complémentaires. Plusieurs facteurs sont à prendre en considération et plusieurs d’entre eux peuvent être réfléchis en amont, en prévention. Les efforts que vous déploierez pour maintenir un climat positif auront aussi l’effet de favoriser la motivation de vos étudiant·e·s et ultimement, de participer à soutenir la persévérance scolaire de celleux-ci. Nous vous invitons, par ailleurs, à découvrir le pertinent dossier thématique de l’ORÈS au sujet de la persévérance en enseignement supérieur.

Références

Cohen, J. (2006). Social, emotional, ethical, and academic education : creating a climate for learning, participation in democracy, and well-being. Harvard Educational Review 76(2). 201-237.

Dubé, M. et Tardif, J. (2010). Mémento pédagogique : petit guide pour grands enseignants. UQAR.

Gaudreau, N. et De Grandpré, M. Promouvoir les comportements positifs des étudiants par une gestion de classe efficace. Le Tableau 1(6).

Nault, T. et Lacourse, F. (2016). La gestion de classe : une compétence à développer (2de éd.). Les Éditions CEC.

Ménard, L. et St-Pierre, L. (2014). Se former à la pédagogie de l’enseignement supérieur. Montréal : Association québécoise de pédagogie collégiale (AQPC).

Nault, T. et Lacourse, F. (2008). La gestion de classe. Une compétence à développer. Les Éditions CEC.

Svinivki, M. et McKeachie, W-J. (2011). McKeachie’s teaching Tips : Strategies, Research, and Theory for College and University Teachers. Wadsworth, Cengage Learning. 

Henri Louis Go, « Eduquer avec tact. », Recherches & éducations [En ligne], 17 | Juin 2017, mis en ligne le , consulté le 12 octobre 2022. URL : Eduquer avec tact.; DOI : Eduquer avec tact.  

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